L’Abbaye Royale de l’Épau, dernière demeure de la Reine Bérangère

L’ Abbaye Royale de l’Epau est un site magnifique. Située aux portes du Mans, dans la Sarthe, elle fait partie des plus beaux exemples d’architecture cistercienne en France. C’est une abbaye à visiter tant pour sa beauté architecturale que par celle des expositions qu’elle abrite.

L’ Abbaye de l’Épau est classée monument historique. Depuis qu’elle est gérée par Sarthe Culture, elle accueille de nombreuses expositions. Découvrez en fin d’article celle que j’ai visitée et que j’ai adorée : « Trésors d’Art Sacré ». Programmée jusqu’en septembre 2021, elle comprend des peintures religieuses mancelles qui datent du 17e siècle. Cette expo est un petit bijou car ces œuvres parfaitement restaurées étaient souvent cachées dans les églises des environs.

Mais débutons cette visite par un petit retour rapide sur l’histoire de cette abbaye.

Mais c’est quoi cette histoire !

L’ Abbaye a été fondée en 1229 par la reine Bérengère de Navarre, épouse de Richard Cœur de Lion (dynastie des Plantagenêts), et fille du Roi de Navarre.
Devenue veuve, elle est peu à peu écartée du pouvoir et trouve refuge dans le Maine. C’est là, qu’elle décide de faire construire une abbaye et d’y accueillir des moines cisterciens (un ordre religieux qu’elle soutient particulièrement).
Cette abbaye a un double objectif : accueillir sa dépouille à sa mort et assurer le salut de son âme et de celle des Plantagenet aux mœurs dissolus. Malheureusement, elle ne la verra pas car elle décède seulement 1 an après le début des travaux.

C’est ainsi que 12 moines arrivent au lieudit « la réserve de la forêt », l’espal en vieux français, l’Epau aujourd’hui. Ils suivent la règle de Saint-Benoit et vivent en totale autarcie. L’abbaye est alors rythmée par le travail de la terre et l’écriture des manuscrits, les temps de repos et les temps de prières (8 offices par jour).

Durant la guerre de Cent Ans, l’abbaye est partiellement détruite. Les moines s’enfuient. Puis les Manceaux décident de la bruler pour éviter que les anglais ne s’y installent et envahissent la ville. Elle est reconstruite en 1360, avec le retour des moines, puis embellie sur ordre du roi de France, Charles V. La chapelle et la charpente sont rénovées et les murs sont ornés de fresques.

Elle est à nouveau rénovée au 15e siècle. Le logis de l’abbé est aménagé en 1528, on peut d’ailleurs lire cette date sur le linteau de la porte fenêtre.

A la Révolution Française, l’abbaye est saisie comme bien national et vendue aux enchères, avec tout son mobilier. Elle est achetée par un propriétaire privé qui la transforme en blanchisserie puis en ferme. Depuis 1959, elle fait partie des propriétés historiques du département de la Sarthe.

Qui est la Reine Bérangère ?

Bérangère de Navarre est la première fille du roi Sanche VI et de Béatrice de Castille. Rien ne prédisposait cette petite princesse à devenir reine d’Angleterre. Et pourtant ! Sa vie a été parsemée d’embûches, de trahisons et de luttes incessantes.
Elle est choisie par Aliénor d’Aquitaine pour se marier avec son fils Richard Cœur de Lion, alors roi d’Angleterre et de Chypre, duc de Normandie et Comte d’Anjou et du Maine. Le mariage est célébré en 1191 sur l’ile de Chypre, alors que Richard Coeur de Lion part en croisade. Elle a 25 ans.
Devenue veuve en 1199, et sans héritier, elle est écartée du pouvoir par le successeur de Richard, le roi Jean sans Terre. Philippe Auguste, alors roi de France, fait d’elle la comtesse usufruitière du Maine, confisqué à Jean sans Terre.

En 1204, elle s’installe au Mans dans l’ancien Palais des Comtes du Maine. On dit souvent que la reine Bérangère trouva asile dans la ville, mais pas le bonheur.

Bérangère est un fervent soutien de l’ordre cistercien, comme son père avant elle. Et puisqu’elle ne peut pas se faire enterrer aux côtés de son mari dans l’abbaye de Fontevraud (sa belle-famille s’y oppose), elle fonde en 1229 l’Abbaye cistercienne de l’Épau pour y être enterrée.

Le gisant de la Reine Bérangère

Bérengère de Navarre souhaitait être inhumée au sein même de l’abbaye. Son gisant y a donc été installé pour honorer sa sépulture. Le style du gisant est proche de celui d’Aliénor d’Aquitaine à l’abbaye de Fontevrault. Elle y est représentée couchée sur le dos, vêtue d’une longue robe resserrée à la taille. Elle porte une couronne, une bourse à la ceinture et un lion est posé à ses pieds. Ce sont des symboles :  la couronne et le lion représentent la royauté alors que la bourse représente la générosité.

Elle tient entre ses mains, repliées sur sa poitrine, un livre dont la couverture représente son propre gisant. Comme une mise en abime.

Longtemps oublié dans les siècles qui ont suivi la vente de l’abbaye, le gisant est « redécouvert » dans la salle capitulaire, sous des bottes de pailles en 1816. Il est transféré à la cathédrale du Mans. Le gisant ne reviendra à l’Abbaye de l’Epau, sa demeure initiale, qu’en 1970. Il est installé aujourd’hui dans l’église abbatiale.

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A voir dans l’Abbaye de l’Epau

Les salles de l’abbaye sont parfaitement restaurées et se visitent toutes.

Vous pouvez ainsi découvrir le Cloitre (même s’il manque le toit qui a été détruit), l’ancien réfectoire, le chauffoir (la seule pièce du monastère qui contient une cheminée et qui permettait aux moines de se chauffer), le scriptorium (salle utilisée pour recopier ou enluminer les manuscrits), la salle capitulaire (appelée aussi la salle du chapitre), le dortoir, la sacristie et enfin l’abbatiale (dans laquelle se trouve le gisant de la Reine Bérangère et les expositions).

Si vous faites le tour de l’abbaye, vous pourrez voir également le logis de l’abbé qui date du 16e siècle.

Ces autres lieux devraient aussi vous plaire :
🔸 La Cité Plantagenêt, le plus vieux quartier du Mans
🔸 Provins, une imposante cité médiévale aux portes de Paris
🔸 Balade à Gisors, la capitale oubliée du Vexin Normand

Petite innovation, un jardin en permaculture

L’abbaye est entourée d’un parc clos de 13 ha. Le parc et les jardins sont en train de retrouver leur configuration et productivité d’origine. C’est pour cela que les jardins sont cultivés en permaculture et qu’un verger conservatoire a été installé. Il comprend 105 pommiers et poiriers qui sont en train de pousser gentiment. Bon, il faudra attendre encore quelques années pour pouvoir déguster les fruits !

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Trésors d’Art Sacré, une exposition à visiter

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Et si je veux passer un week-end sympa dans le Vieux Mans ?

Je vous conseille de réserver l’une des chambres d’hôtes du Logis Saint-Flaceau. Cette ancienne maison du 16e siècle est située en plein cœur de la Cité Plantagenêt, le plus vieux quartier du Mans. En plus, Manuela, la propriétaire est vraiment adorable et vous accueille avec un plaisir sincère.

Pour déjeuner, vous pouvez vous installer sur l’une des tables du « Café des Moines », situé dans l’Abbaye de l’Epau. Vous y dégusterez leur spécialité, l’Assiette des Moines, élaborée avec les fruits et légumes du jardin permacole de l’abbaye.

Je veux bien y aller … mais c’est où l’Abbaye de l’Epau ?

Informations complémentaires

Vous trouverez plus d’informations concernant les tarifs et les horaires, sur le site de l’Abbaye de l’Epau. Vous pouvez également consulter celui de l’Office du Tourisme de la Sarthe pour des conseils de visites dans le département.

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