Il y a des paysages qui s’imposent dès les premiers instants.
En Matheysine, les nuages s’accrochent aux cimes des montagnes comme pour ralentir le temps. Les lacs, immenses miroirs d’altitude, captent chaque nuance de ciel, du bleu limpide au gris-blanc des orages. Les forêts changent de teinte au fil des heures, et les villages, accrochés aux pentes, semblent veiller sur ce plateau suspendu entre Dauphiné et Écrins.
Pendant quelques jours, j’ai parcouru ce territoire secret le long de la route Napoléon au sud de Grenoble, en Isère. J’y ai trouvé une nature puissante, mais aussi une histoire profondément humaine : celle des mineurs de charbon, des pèlerins de La Salette, des éleveurs et distillateurs qui, aujourd’hui encore, façonnent son identité. La Matheysine n’est pas seulement un décor magnifique. C’est une terre de contrastes, à la fois rude et lumineuse, où l’on ressent une énergie rare dès qu’on y pose le pied.
- Histoire et mémoire de la Matheysine : un patrimoine minier et spirituel unique
- Que faire en Matheysine : les autres sites incontournables
- Rencontres et savoir-faire : le goût du territoire
- Bonnes adresses où manger et dormir en Matheysine
- La Matheysine : une destination nature et patrimoine à (re)découvrir
- Conseils pratiques
- Où est située la Matheysine ?
Histoire et mémoire de la Matheysine : un patrimoine minier et spirituel unique
La Mine Image : une plongée sous terre avec les gueules noires
Bien avant d’attirer les amoureux de nature, la Matheysine était une terre de charbon. À La Motte-d’Aveillans, la Mine Image garde vivante cette mémoire.
Ce musée raconte la vie de ces “gueules noires” : des journées de dix heures sous terre, la poussière, la chaleur, mais aussi une incroyable solidarité. Après le travail, ils se retrouvaient autour d’un repas simple, d’un barbecue, partaient en vacances tous ensemble. Tout le monde se connaissait et s’entraidait en cas de coup dur.
La visite de la Mine Image commence doucement, puis l’ambiance change. L’air se fait plus frais, le sol inégal. La guide éteint sa lampe : un noir absolu, presque oppressant. Puis le bruit d’explosions enregistrées résonne, comme si la mine se réveillait.
On croise des rails rouillés, des outils abandonnés, figés comme s’ils attendaient le retour des mineurs. La guide raconte le quotidien dans ces galeries étroites, parfois à peine plus larges qu’une épaule, et l’entraide indispensable pour tenir le coup.
Elle parle aussi d’un temps où les enfants descendaient avec leur père (dès 12 ans), apprenant très tôt un métier dangereux. Des nombreuses maladies décelées, des personnes disparues.
La Mine Image ne se contente pas de raconter : elle fait sentir ce que ces vies avaient de courageux.
La Mine Image
Route des 4 galeries
38770 La Motte d’Aveillans
Visites uniquement sur réservation.









Pour prolonger la visite, faites un détour par le Musée Matheysin, à La Mure. Installé dans un bel hôtel particulier, il rassemble archives, photos et objets du quotidien. On y découvre comment la vie ouvrière et la vie paysanne se sont entremêlées, à une époque où l’extraction du charbon faisait battre le cœur de la région.

Le Musée Matheysin
Maison Caral, rue Colonel Escallon,
38350 La Mure
Ouvert du 1 avril au 30 septembre
Tu le savais ?
Au 19ᵉ siècle, La Mure fut l’un des plus grands bassins houillers des Alpes françaises. La dernière mine a fermé en 1997, mais la fierté des « fils de mineurs » continue d’habiter la Matheysine.
Notre-Dame de La Salette, un sanctuaire suspendu dans la brume
En 1846, un événement marque la région : l’apparition de la Vierge à deux jeunes bergers, Mélanie et Maximin. Ils racontent qu’une « Belle Dame » en pleurs leur a confié un message d’appel à la réconciliation. Très vite, la nouvelle traverse l’Europe et attire des pèlerins. Moins de vingt ans plus tard, une basilique est déjà construite à cet endroit, défiant l’altitude et les hivers rudes.
Aujourd’hui, le sanctuaire, perché à 1 800 mètres, continue d’accueillir croyants et voyageurs en quête de silence. La route serpente entre torrents, épicéas et alpages. À chaque virage, la montagne se révèle un peu plus.
Le matin de ma visite, un brouillard épais enveloppait le site. Tout semblait feutré, presque irréel. Dans ce voile laiteux, on devinait à peine la silhouette de l’immense sanctuaire. Je suis arrivée un peu avant la messe. Guidée par le Père Paulino, j’ai franchi le porche de la grande basilique, un édifice orné de fresques lumineuses et de chapelles baignées d’une lumière douce.
Dehors, sur l’esplanade, les statues de la Vierge et des deux enfants marquent l’endroit précis de l’apparition. Des chants montent de l’église, d’autres d’un groupe en prière, se mêlant au souffle du vent.
Qu’on soit croyant ou non, La Salette impose le respect. Beaucoup viennent pour une retraite spirituelle ; d’autres, simplement pour la beauté sauvage du lieu. Tous repartent touchés par cette alliance entre nature et ferveur, qui donne à la Matheysine une dimension presque céleste.
Sanctuaire Notre-Dame de la Salette
11459, Route du Sanctuaire
38970 La Salette








Que faire en Matheysine : les autres sites incontournables
Se promener autour des lacs de Matheysine
Les lacs de Matheysine — Laffrey, Petichet, Pierre-Châtel, Sautet et Monteynard — sont de véritables joyaux. Sans oublier le plan d’eau du Valbonnais, idéal pour une journée de détente en famille.
- Lac de Laffrey : parfait pour une balade familiale autour de la Prairie de la Rencontre.
- Lac de Petichet : intimiste, idéal pour la contemplation ou la photo.
- Lac de Pierre-Châtel : apprécié pour ses reflets vert émeraude.
- Lac de Monteynard : célèbre pour ses passerelles himalayennes et ses activités nautiques.
Au lever ou au coucher du soleil, les couleurs se font magiques. Les amateurs de randonnée en Matheysine trouveront de nombreux sentiers balisés, entre prairies et forêts.

Découvrir Corps, village natal de Mélanie et Maximin
Accroché à la montagne, le village de Corps est un petit bijou avec ses ruelles pavées et ses maisons de pierre. La visite guidée avec Romy révèle qu’il est au croisement entre le Dauphiné et la Provence. Sur la route Napoléon, on flâne entre les placettes fleuries et les cafés animés en profitant d’un panorama qui s’étend jusqu’au Dévoluy. Vous y verrez aussi les maisons natales des deux bergers Mélanie et Maximin.






Vivre le Valjouffrey, un écrin sauvage
Au bord du Parc national des Écrins, le Valjouffrey est une immersion extraordinaire dans une nature totalement préservée. Dès les premiers virages, la route se resserre. Les maisons se font plus rares, la montagne gagne du terrain et l’air se charge d’une fraîcheur vivifiante. Accompagnée de Joël, membre de l’association « Mémoire Battante », j’ai parcouru les hameaux de la vallée de la Bonne et du Béranger qui s’égrènent le long de ruisseaux.
Les hameaux du Valjouffrey
On entre d’abord par La Chapelle-en-Valjouffrey, porte de la vallée de la Bonne. Son clocher élancé et ses maisons de pierre serrées autour d’une petite place donnent le ton : ici, la montagne impose son rythme.
Plus haut, le hameau de la Chalp cache une ancienne scierie, souvenir discret du passé forestier. Puis viennent Les Faures, avec ses maisons fleuries et son petit pont de pierre sous lequel gronde un torrent glacé. Peu à peu, le monde moderne disparaît, remplacé par le murmure de l’eau et le frémissement des forêts d’épicéas.
Le point d’orgue du chemin, c’est le Désert-en-Valjouffrey, dernier village habité avant les hauts sommets du Parc national des Écrins. Son nom intrigue : il ne parle pas de sécheresse mais d’isolement. Quelques maisons de pierre, une chapelle, un bar-restaurant et une auberge composent ce hameau minuscule. Tout autour, les cimes dressent leur immensité. On a vraiment l’impression d’être au bout du monde, croisant à peine quelques randonneurs redescendus des sentiers d’altitude.
En bifurquant vers la vallée du Béranger, on découvre Valsenestre. Ce hameau classé, entièrement restauré, aligne toits de lauze et façades de pierre comme dans un livre d’images. En me perdant dans ses ruelles, j’ai rencontré les hôtes du gîte-étape Le Béranger. Ils m’ont proposé une planche généreuse de charcuterie et de fromages locaux, tout en partageant des histoires sur la vie d’autrefois et les randonneurs de passage.
Ces hameaux, chacun avec son caractère, forment une mosaïque de calme et de beauté sauvage. Torrents limpides, forêts profondes, crêtes qui se perdent dans le ciel : ici, la montagne parle d’elle-même. On quitte la vallée avec le sentiment d’avoir approché une nature restée fidèle à elle-même, loin du bruit et du temps.
Tu le savais ?
Récemment, un classement national a qualifié Valjouffrey de « pire village de France », non par manque de beauté, mais parce que la rudesse de l’hiver et l’isolement rendaient la vie particulièrement difficile. Au contraire, je trouve que cet isolement est sa vraie richesse : c’est un refuge pour qui recherche la beauté et le calme absolu.










La Prairie de la Rencontre
Le 7 mars 1815, la Matheysine devient le décor d’un moment décisif. De retour de son exil sur l’île d’Elbe, Napoléon remonte vers Paris avec une petite troupe. Sur la prairie qui borde le lac de Laffrey, il se trouve face aux soldats envoyés pour l’arrêter.
Sous un ciel d’hiver, il avance seul, ouvre sa redingote et lance :
« Soldats, s’il est parmi vous un homme qui veuille tuer son Empereur, me voici ! »
En quelques secondes, les fusils s’abaissent et les cris de ralliement éclatent. Sans un coup de feu, l’épisode fait basculer l’histoire et marque le début des Cent-Jours.
Aujourd’hui, la Prairie de la Rencontre est un grand espace paisible, en accès libre le long de la RN85. Une statue de Napoleon sur son cheval rappelle l’événement, tandis que le lac reflète calmement les montagnes environnantes.

Rencontres et savoir-faire : le goût du territoire
La Ferme de Sainte Luce, un monde de saveurs au cœur de la montagne
À Sainte-Luce, Christeline perpétue une tradition agricole exigeante, héritée de plusieurs générations. Ses fromages, façonnés dans le respect de l’alpage, portent le goût pur de la montagne. Déguster une tomme, un carré bleu ou un beaumont affinés ici, c’est sentir l’herbe des sommets, le lait chaud de la traite du matin et la patience du travail bien fait.
La visite commence au milieu des vaches, dans une étable lumineuse où l’odeur du foin se mêle à la chaleur animale. Nés récemment, trois petits veaux jouent et cherchent a téter les doigts. On devine aussitôt l’ampleur du travail quotidien de la vingtaine de personnes qui font vivre cette exploitation. Chacun a son rôle, de la traite au moulage des fromages, dans une organisation millimétrée.
Mais la ferme ne se limite pas aux produits laitiers. Dans le grand four à bois, l’équipe pétrit et façonne chaque semaine une étonnante variété de pains rustiques, de petits biscuits croustillants et une brioche dorée que les habitués viennent chercher encore tiède chaque vendredi matin. L’odeur du pain chaud se mêle à celle du levain : un parfum de maison qui donne envie de prolonger la visite.
Cette halte gourmande est bien plus qu’un arrêt gourmand : c’est une immersion dans un quotidien paysan qui allie savoir-faire, solidarité et respect du rythme des saisons.
La Ferme de Sainte-Luce
38970 Sainte Luce







La Distillerie Terre Froide, l’esprit des montagnes en bouteille
À Quet-en-Beaumont, la Distillerie Terre Froide est un véritable atelier de parfums sauvages. Yann et Thomas y transforment les plantes alpines en liqueurs et spiritueux d’exception. Ici, chaque geste est étudié, presque poétique, et les odeurs sont absolument envoûtantes.
Dans leurs deux alambics de cuivre, gentiane, bourgeons de sapin, mélisse et fleurs des alpages infusent lentement, libérant des arômes qui embaument l’atelier d’une fraîcheur résineuse.
« Tous nos alcools sont fabriqués par nos soins, du brassage du malt à la fermentation du moût, de la distillation au vieillissement du produit », explique Yann en surveillant la chauffe. Ces mots prennent tout leur sens lors de la dégustation : les saveurs se déploient comme une randonnée en altitude, d’abord vives et herbacées, puis plus profondes et boisées.
Repartir avec une de leurs bouteilles (Génépi, Gin, Absinthe), c’est emporter un peu du parfum de la Matheysine avec soi.
Distillerie Terre Froide
251 route de Napoléon
38970 Quet-en-Beaumont




La Boucherie-Charcuterie Boudes, l’âme des saveurs matheysines
Au cœur de La Mure, la Boucherie-Charcuterie Boudes perpétue une tradition qui sent bon la fumée de hêtre et les recettes familiales. Ici, tout est travaillé sur place : griffe de loups, pâtés, tourte Matheysine, rissole viande, et, bien sûr, le murçon, cette saucisse typique au gout anisé qui est l’une des fiertés de la Matheysine.
La visite débute derrière la boutique, dans l’atelier où se mêlent les parfums de viande fraîche et d’épices. Les bouchers expliquent comment chaque produit est façonné avec des ingrédients locaux soigneusement sélectionnés. On comprend alors pourquoi leur réputation s’étend largement au-delà des frontières du plateau : ici, la charcuterie est un patrimoine vivant.
Avant de repartir, impossible de résister : un morceau de murçon pour le dîner, une tourte parfumée et une tranche de pâté maison. Un vrai concentré de terroir à glisser dans son sac de voyage.




Bonnes adresses où manger et dormir en Matheysine
Hébergement
- Oriel du Sénépy – La Motte-d’Aveillans
Mon camp de base : une cabane atypique entourée de forêts, parfaite pour rayonner vers les lacs, La Salette ou La Mure. Mais aussi, un gite pour les familles et amis qui souhaitent se retrouver pour quelques jours. Nicolas, un homme au grand coeur et aux connaissances inépuisables, vous accueillera en toute simplicité.
Le + : La grande véranda pour diner en admirant la vue, le Jacuzzi, le calme au milieu des arbres.




Saveurs locales
- Café Bernard – Prunières
Une table simple et conviviale pour un déjeuner face aux montagnes. Aller sur le site facebook du Café Bernard - Restaurant Maltacina – Saint-Théoffrey
Récompensé par le Guide Michelin, il sublime les produits du terroir dans une cuisine créative. Un diner « 4 – 6 ou 8 plats surprises » que j’ai adoré découvrir et déguster. Aller sur le site internet de la Maltacina - Gite-Etape le Béranger – Valsenestre
Un accueil chaleureux autour d’une belle assiette, installé confortablement sur une terrasse au soleil. Ouvert de juin à septembre. Aller sur le site internet du gite Le Béranger - Bar restaurant des Ecrins – Le Désert en Valjouffrey
Un petit restaurant pour un café matinal ou un déjeuner. Point de rencontre des randonneurs du Parc des Ecrins. Aller sur le site internet du Bar des Ecrins
La Matheysine : une destination nature et patrimoine à (re)découvrir
La Matheysine m’a vraiment touchée. J’ai encore en tête ses lacs immobiles, ses sommets où les nuages s’accrochent, et ces villages qui portent l’histoire des mineurs autant que la ferveur des pèlerins. Ici, rien n’est figé : la nature et l’histoire se mêlent en permanence, on le sent à chaque pas.
Et dire que tout ça est à peine à une heure de Grenoble. On ne vient pas seulement pour une balade ou un joli panorama. On vient pour rencontrer une nature préservée, une culture qui vit encore au rythme des saisons, des hommes et des femmes qui tiennent à leur savoir-faire.
Quand je suis repartie, j’avais le cœur rempli d’air pur. Et une seule idée en tête : revenir, juste pour retrouver ce silence habité qui ne quitte pas ma mémoire.
Conseils pratiques
- Accès : à 1 heure de Grenoble, la Matheysine se parcourt facilement en voiture.
- Saisons : chaque période offre un visage différent — printemps éclatant, été propice aux randonnées, automne flamboyant, hiver féerique autour des lacs gelés.
- Équipement : même en été, prévoyez une veste chaude : l’altitude se rappelle vite.
- Pour plus d’informations sur la belle région de la Matheysine, n’hésitez pas à aller voir sur le site internet de Matheysine Tourisme, ou sur celui de Isère Tourisme
- A visiter à proximité :
– Balade en Chartreuse (autour du Monastère de la Grande Chartreuse) –
– 5 plus beaux village de France autour de Montélimar
– Itinéraire dans la vallée de la Haute-Maurienne en Savoie

Où est située la Matheysine ?
La Matheysine se situe au sud de Grenoble, dans le département de l’Isère, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Cet immense plateau de près de 20.000 hectares fait partie intégrant du massif du Taillefer. Ici, l’altitude varie entre 500m (lac de Monteynard) et plus de 3500m (sommet de l’Olan dans le Valjouffrey). Les massifs environnants sont le Dévoluy, le Vercors et les Écrins.
Traversée par la route Napoléon (RN85), elle relie facilement Grenoble aux Hautes-Alpes et constitue une porte d’entrée naturelle vers les grands espaces de montagne.