La Haute-Maurienne, perchée entre sommets alpins et villages de pierre, recèle un patrimoine méconnu, à la fois militaire, religieux et rural. Pendant trois jours, je me suis laissée guider par ses routes sinueuses, ses paysages, ses villages posés contre la montagne. Voici le récit de mon itinéraire en Haute-Maurienne (Savoie), ponctué d’adresses et de rencontres.
Jour 1 – Aussois et les forts de l’Esseillon
Débutons notre itinéraire en Haute-Maurienne par Aussois. Ce n’est pas le plus connu des villages savoyards, mais dès l’arrivée, on sent que le lieu a une histoire. À l’entrée, des toits en tôle, une fontaine, quelques vaches en estive, et cette lumière tranchante qui donne aux montagnes un relief presque graphique.
Je prends la direction des forts de l’Esseillon. La marche est facile, ponctuée de points de vue à couper le souffle. Ces 5 forteresses perchées au-dessus des gorges de l’Arc racontent la Savoie avant la France. Elles sont immenses, silencieuses, posées là comme pour garder la vallée.
Ces forts ont été construits entre 1817 et 1834 sur le modèle Montalembert, qui contrairement au modèle Vauban, repose sur un principe de forts perpendiculaires et de tours à canons. Ils ont été construits à l’époque pour défendre le royaume de Piemont-Sardaigne contre les attaques françaises. Mais ils n’ont jamais servi car la Savoie est devenue française en 1860, soit 30 ans après la fin de leur construction.

Pour le déjeuner, je m’arrête à l’Etagne : ambiance simple, spécialités savoyardes, et assiette bien garnie.
L’après-midi, je pousse la porte de l’Arche d’Oé. Un ancien logis où tout est resté en place : l’atelier, la cuisine, la chambre. On y parle de fenaison, de veillées, de transmission. Je repars avec un morceau de fromage acheté à la fromagerie d’Aussois (je vous recommande de déguster les spécialités locales : Beaufort AOP, Bleu de Bonneval) et le sentiment d’avoir franchi une frontière invisible.
On m’avait recommandé de visiter l’église Notre-Dame de l’Assomption. A juste titre d’ailleurs, car l’intérieur est superbe. Elle possède d’immenses retables richement décorés avec des fresques, des tableaux, des colonnes torses, typiques de l’art baroque savoyard. Mais aussi une voute de chœur en forme de parapluie avec de superbes peintures.
Le soir, je m’installe au Chalet Les Liouès. L’air est frais, le ciel clair. On s’endort avec le bruit du vent dans les arbres.

Jour 2 – Bessans et Bonneval-sur-Arc
Le lendemain, je prends la route vers Bessans. Dès les premiers pas, je remarque les diables sculptés aux fenêtres et l’énorme statue qui orne la place du village. L’histoire dit qu’un curé facétieux aurait lancé la mode, en taillant un petit diable pour se venger d’un paroissien. Depuis, c’est devenu une signature perpétuée par l’unique chapoteur du village qui sculpte ces petites figurines en bois dans sa boutique « au chapoteur« .
En plus de ses petits diables, Bessans possède aussi une autre spécificité unique : son jambon cousu. La charcuterie Le Pontet est l’unique boutique a préparer cette spécialité locale dans les règles de l’art. Je prends le temps de découvrir (et surtout de déguster) ces fines lamelles de jambon mais aussi ses farcis qui sont délicieux. Je repars avec quelques une de ses spécialités dans ma besace.
Pour le déjeuner, je m’attable à La Lodze, une adorable maison de village décorée comme un chalet. Un vrai régal. La chef propose des plats du jour et des spécialités locales.


En début d’après-midi, j’arrive à Bonneval-sur-Arc. Le village classé parmi « les plus beaux villages de France » est parfaitement conservé. Pas une fausse note. Pas de panneaux criards, pas de béton. Juste la pierre, la lauze, l’harmonie. Certains balcons comportent encore de vieux grébons qui sèchent au soleil.
Je monte à pied jusqu’à l’Écot (4 km de distance), un hameau posé à 2000 mètres. C’est un endroit plein de charme, aux maisons en pierre et toits de lauzes, entièrement restauré et classé. La lumière devient dorée, les toits brillent, les fleurs dépassent des murets.
Le soir, je dîne et dors à l‘Auberge d’Oul. Rien de sophistiqué, mais tout est juste.


Jour 3 – Le chemin du Petit Bonheur et l’église d’Avrieux
Pour ce dernier jour, je choisis un itinéraire linéaire, tranquille, qui suit le chemin du Petit Bonheur, depuis les forêts de Sardières jusqu’au village d’Avrieux en Haute-Maurienne. Un sentier en balcon, accessible et bien balisé, qui permet de relier les villages en douceur, sans jamais s’éloigner des paysages. Il porte bien son nom. Ce chemin s’emprunte à pied, en VTT ou à cheval. Téléchargez la carte.
Je démarre la journée par une courte visite au Monolithe de Sardières. Haut de 93 mètres, dressé au milieu des pins, il semble veiller sur la vallée. La lumière du matin filtre à travers les branches, l’air est frais, et le sol encore humide de rosée.
Je m’engage ensuite sur le chemin qui descend doucement vers Le Bourget, entre forêts de résineux, murets moussus et anciennes granges. À chaque détour, une ouverture sur les gorges de l’Arc, une perspective sur les forts. Ici, la montagne n’est pas un décor, mais un écrin.
L’arrivée à Avrieux se fait en douceur. Je traverse une prairie, longe une ruelle fleurie, et soudain l’église Saint-Thomas Becket surgit. Sobre à l’extérieur, éblouissante à l’intérieur. Le baroque savoyard y déploie toute sa richesse : voûtes peintes, retables dorés, détails foisonnants. Un joyau, presque secret.
Je déjeune à Avrieux, à l’auberge de la Cascade une petite table discrète à deux pas de l’église. Produits du coin, accueil souriant, et terrasse couverte. On y prend son temps.
L’après-midi, je redescends doucement vers l’arrêt de navette situé entre Avrieux et Aussois. La boucle est bouclée, sans se presser. Une douzaine de kilomètres à pied, entre silence, patrimoine et beauté simple.



Le Chemin du Petit Bonheur
Le chemin du petit bonheur est une piste ancestrale qui va de village en village sur toute la Haute Maurienne Vanoise. L’origine de son nom s’est perdue, même si certains habitants assurent qu’il aurait été appelé ainsi par les garçons de Lanslebourg qui empruntaient ce sentier forestier pour rejoindre discrètement les filles du village d’à côté. Le chemin part de Modane et va jusqu’au hameau de l’Ecot, sur près de 50 km.
Et voila, mon itinéraire de trois jours dans la superbe vallée de la Haute-Maurienne se termine. J’en reviens avec des images, des odeurs de bois, des silences. La Haute-Maurienne, c’est une façon de voyager autrement : sans artifice, sans urgence. Juste l’essentiel.
LIRE :
Mon article complet sur la vallée de la Haute-Maurienne Vannoise
Découvrez le village de Bonneval-Sur-Arc
Focus sur l’église Saint Thomas Becket d’Avrieux
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Infos pratiques
- Y aller : la Haute-Maurienne est accessible en train jusqu’à Modane, puis en navette vers Aussois, Bessans ou Bonneval-sur-Arc. En voiture, compter 2h30 depuis Grenoble.
- Se déplacer : des navettes régulières desservent les villages principaux, notamment en saison estivale. Les trajets entre Sardières, Aussois, Avrieux et Bessans sont bien couverts.
- Quand partir : de juin à septembre pour profiter des sentiers, des alpages et des villages animés ; l’hiver pour découvrir la vallée sous la neige, raquettes aux pieds.
Questions Fréquentes – FAQ
Peut-on faire cet itinéraire sans voiture ?
Oui, en combinant train jusqu’à Modane, navettes locales et randonnées à pied. Certaines étapes peuvent nécessiter un peu d’adaptation, mais c’est faisable.
Est-ce adapté avec des enfants ?
Oui pour les enfants bons marcheurs. Privilégier les balades autour d’Aussois et Bonneval, et adapter les distances sur le chemin du Petit Bonheur.
Où trouver des produits locaux ?
Dans les fromageries d’Aussois, à l’épicerie des Alpes à Bessans, et dans les marchés de vallée (souvent le jeudi ou vendredi selon les villages).
Faut-il réserver l’hébergement longtemps à l’avance ?
Oui en été, surtout à Bonneval-sur-Arc et Aussois. La vallée reste confidentielle mais les hébergements sont prisés.
Ce séjour est-il possible hors saison ?
En partie. Certains lieux ferment en dehors de l’été et de l’hiver, mais les villages restent accessibles et calmes au printemps ou à l’automne.
Les beaux villages n’attendent que vous !