La Tapisserie d’Aubusson, un savoir-faire pas si ringard ! – Partie 1

Savez-vous qu’Aubusson détient un savoir-faire inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO ? Un savoir-faire vieux de plus de 500 ans qui a connu ses heures de gloire auprès des rois, du clergé et des riches bourgeois. Un savoir-faire reconnu aujourd’hui dans le monde entier et qu’Aubusson dévoile aux milliers de visiteurs qui viennent le découvrir chaque année. Allez venez, je vous emmène découvrir la Tapisserie d’Aubusson pour une visite haute en couleur !

Aubusson est une petite ville située à mi-chemin entre Clermont-Ferrand et Limoges, qui a pour particularité d’héberger un savoir-faire internationalement reconnu, celui de la Tapisserie. Et à Aubusson, l’histoire de la Tapisserie s’inscrit partout, et surtout dans le futur. Que ce soit à la Cité Internationale de la Tapisserie – résolument tournée vers l’avenir – ou au Musée des Cartons de Tapisserie – qui présente l’envers du décors, Aubusson sait faire vivre son patrimoine.

Et comme un seul article ne suffirait pas à vous expliquer ce savoir-faire mondialement reconnu, je vous propose de le lire en deux temps. Alors, direction l’Atelier-Musée des Cartons de Tapisserie pour ce premier opus. Et rendez-vous juste après pour une visite de la Cité Internationale de la Tapisserie et la suite de l’aventure.

Mais d’abord, intéressons-nous aux origines des fameux Cartons d’Aubusson.

Mais c’est quoi cette histoire de Cartons !

Vous vous demandez peut-être ce qu’est un Carton ? C’est tout simplement le modèle qui sert à réaliser une tapisserie. L’outil fondamental donc ! Pas de Carton, pas de Tapisserie ! Le Carton est en général une huile, une gouache ou une toile peinte sur un tissu et placée sous les fils de chaine. Mais cela peut aussi être une photo ou un calque. Au début, ils étaient même peints sur des draps, avec du sépia (encre de seiche) et en bistre (variété de suie de couleur ocre) !

Comment sont réalisés les Cartons ?

Les artistes qui peignent les Cartons – les peintres-cartonniers – commencent d’abord par réaliser un projet dans lequel ils indiquent la composition, les motifs et les couleurs de ce qu’ils proposent. Le projet est souvent inspiré des grands peintres classiques : Boucher, Watteau, Fragonard, Oudry, etc..

Le peintre-cartonnier réalise ensuite un modèle grandeur nature (échelle 1) inversé par rapport au rendu final attendu (il est donc peint à l’envers). Ce Carton est placé sous les fils de chaine. Le Lissier (celui qui réalise la tapisserie) n’a plus qu’à suivre les contours du dessin et remplir les couleurs avec les flutes et les bobines de laine.
En effet, la particularité de la Tapisserie est qu’elle se tisse à l’envers avec les restes de fils de trame apparent.

Des Cartons beaux comme des tableaux

Les Cartons sont magnifiques tant ils ressemblent à des tableaux. Malheureusement, ils étaient très souvent jetés lorsque la tapisserie était terminée et que les lissiers n’en avaient plus besoin. Parfois, cependant, ils les gardaient dans un coin pour s’en resservir, les découper et les assembler différemment. Cela leur permettait ainsi de réaliser de nouvelles tapisseries sans avoir a recommencer un Carton.

Le Carton permet aussi au lissier d’évaluer la quantité de laine dont il a besoin. Cela lui permet de chiffrer le cout de son travail. Cette opération s’appelle le Kilotage.

Parmi les peintres les plus célèbres qui ont réalisés les cartons, il y a Raphaël, Leonard de Vinci, ou encore Francisco de Goya.

Les thèmes typiques étaient des chinoiseries, des verdures, les « mille-fleurs », des oiseaux, des scènes de chasse, des scènes galantes ou pastorales, des angelots, des scènes bibliques, ou encore des Fables de La Fontaine.
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L’Atelier-Musée des Cartons de Tapisserie

Pour bien comprendre comment on réalise une tapisserie, il faut venir ici, dans le Musée des Cartons. Situé dans le pittoresque quartier de la Terrade, cet atelier-musée regorge de trésors méconnus : les Cartons de Tapisseries. Et il y en a partout : roulés en tube, étalés en bande, encadrés sur les murs ou en pochons. Car cet atelier-musée ne fait pas que présenter ces œuvres incontournables de la Tapisserie, il les restaure aussi.

Le lieu est juste incroyable. Les couleurs sont chatoyantes, les pelotes de laine sont disposées dans de magnifiques meubles et les Cartons s’exposent sur les murs.

Ici, on évoque les différents métiers liés à cet artisanat. Celui de Peintre-cartonnier, de Lissier, d’Assortisseur, de Tapissier, d’Ourdisseur ou de Rentrayeur. Mais on parle aussi de « tombée de métier », de bobine, de peigne, de navette, de miroir, de dévidoir, de rouet, de basse-lisse et de haute-lisse, de tapisserie fine ou de tapisserie épaisse.

De salle en salle, on suit l’évolution de la Tapisserie et de ses Cartons, d’abord au moyen-âge, puis à la Renaissance et enfin à l’époque contemporaine.

Les Cartons au moyen-âge

Au moyen-âge, les tapisseries étaient destinées à orner deux types de lieux : les édifices religieux et les riches demeures. Elles représentaient des scènes bibliques, des paysages, des épopées héroïques, des scènes de vie à la campagne, des « verdures ». Lorsqu’elles étaient commandées par des riches seigneurs, elles les représentaient souvent, eux-mêmes ou leur famille, avec parfois leurs armoiries.

Au moyen-âge, les tapisseries servaient surtout à isoler les murs dans les maisons et éviter les courants d’air dans les églises. Au fil des siècles, elle évolue et devient un signe de richesse, un objet de luxe qui s’offre en cadeau lors des mariages ou lors de rencontres diplomatiques.

Le « style Aubusson » est déjà reconnaissable. Il se distingue par des verdures et des mille-fleurs, décor de petites touffes de fleurs ou de feuilles, sur lequel vient se plaquer en général une scène centrale.

Au moyen-âge, les tapisseries étaient largement réalisées dans le nord de l’Europe et dans les Flandres. Elles ne commencent à vraiment s'organiser en France qu’à partir du XVIIe siècle.

Les Cartons à la Renaissance

A la renaissance, la tapisserie est influencée par le style italien. Des peintres comme Raphael ou Leonard de Vinci réalisent des Cartons. Ils y intègrent les notions de perspective, de clarté, de composition et de bordures. On est dans la tapisserie d’apparat et non plus dans la tapisserie d’isolation.

Les motifs changent, on aime les Fables de la Fontaine, les médaillons. On commande des séries qui racontent une histoire sur plusieurs tapisseries. On voit apparaitre de grandes tentures narratives inspirées de romans d’amour ou sentimentaux.

Les peintres-cartonniers intègrent les 4 grandes manufactures royales créées par Louis XIV. Celle des Gobelins (en 1663), celle de Beauvais (en 1664), celle d’Aubusson (en 1665) et celle de Felletin (à la fin du 17e siècle).

Les Cartons à l’époque Contemporaine

L’époque contemporaine voit la révolution industrielle battre son plein. Aubusson doit donc s’industrialiser et entrer en concurrence avec d’autres productions, comme celle de la Toile de Jouy ou du papier peint. Aubusson se tourne alors vers une production de tapis au point noué et de tapis ras. La fabrication de meubles et d’objets en tapisserie comme les fauteuils, canapés et paravents, écrans ou tentures historiées se développe.

Au 20e siècle, la Tapisserie d’Aubusson connait un renouveau avec la création de nouveaux modèles, inspirés des courants artistiques émergeant. Plusieurs artistes de renom comme Georges Braque, Alexander Calder ou Pablo Picasso font tisser leurs œuvres à Aubusson.

Les Cartons aussi évoluent. Jean Lurçat, illustrateur et cartonnier, facilite le travail de cette profession. Il attribue un numéro de référence à chaque couleur et réduire drastiquement le nombre des coloris à employer.

Ces autres savoir-faire que vous allez aimer découvrir :
🔸 La Vannerie de Fayl-Billot (Haute-Marne)
🔸 Un Verrier d'art et souffleur de verre à Biot (Alpes-Maritimes)
🔸 Tailleur de Pierre, au art au service du patrimoine
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Chantal Chirac, celle qui restaure les cartons

Chantal Chirac a ouvert son atelier en 2012. Spécialiste en restauration de tableaux, Chantal Chirac a découvert la tapisserie d’Aubusson vers la fin des années 1980. A l’époque, les manufactures de la région, les ateliers familiaux ou les écoles de tapisserie commencent à fermer leurs portes. La tapisserie n’ayant plus la cote. Des centaines de Cartons arrivent alors sur le marché et se vendent aux plus offrants.

Les Cartons sont souvent en piteux état, fendus, déchirés, pliés. On en retrouve aussi dans des greniers, des poubelles, abandonnés au fil des successions des anciennes familles de lissiers.

Chantal Chirac s’intéresse alors à ce patrimoine qui s’envole et se perd. Elle a l’idée de les restaurer afin qu’ils puissent être utilisés comme tableau décoratif. Dans son atelier, elle s’en occupe avec le plus grand soin selon un méthode initiée par sa grand-mère. Elle maroufle le Carton sur une toile et retouche les parties abimées au pinceau. Le Carton redevient donc une œuvre qu’elle restaure sous forme de tableau, mais aussi qu’elle transforme en paravent, en décor de meuble, etc…

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Et si je veux passer un week-end sympa à Aubusson

Je vous recommande de séjourner dans l’un des appart-hôtel « Les Maisons du Pont ». Ces appartements sont situés dans le quartier de la Terrade, au bord de la Creuse.
Vous pouvez y déjeuner ou diner dans leur bistrot gourmand, dans leur café-cantine et prendre votre petit-déjeuner directement dans votre appartement (il y a un service de livraison de panier petit-déjeuner). Et il y a même un SPA privé avec sauna et hammam.

Dans une toute autre ambiance – plus campagnarde celle-ci – Cécile vous accueille chaleureusement dans sa superbe chambre d’hôtes située à 7 km d’Aubusson, La Maison d’Hôtes Ourdeaux. Vous pourrez vous y détendre, assis dans un transat ou allongé sur un hamac dans leur grand jardin. Ou encore profiter de leur piscine extérieure. Le petit plus : Cécile fait aussi table d’hôtes.

Que faire le temps d’un week-end

Aubusson

Je veux bien aller à Aubusson, mais c’est où ?

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Informations Complémentaires

L’Atelier-Musée des Cartons de Tapisserie
1 rue de l’Abreuvoir, Pont de la Terrade, 23200 Aubusson. Tel : 06.88.25.35.07
Ouvert du mardi au samedi entre 10h00 et 12h00, puis 14h00 et 19h00. Entrée : 8,50 euros. Gratuit pour les -12 ans. Ados : 3 euros. Visites guidées à 11h00 et à 14h30 (recommandé !).
Visiter le site internet du Musée des Cartons de Tapisserie.

Pour préparer votre séjour, vous pouvez consulter le site de Creuse Tourisme.

Perpétuons nos savoir-faire !

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