Château de Rosa Bonheur, une histoire de femmes des temps modernes

Dans ma série “Ils font revivre un lieu historique”, rencontre avec Katherine Brault, propriétaire du Château de By en Seine et Marne

Katherine est Bellifontaine d’origine et passionnée d’art. Après quelques années à Paris, elle choisit de se réinstaller dans son département d’origine. Elle tombe alors sous le charme du château de By, la demeure de l’artiste-peintre Rosa Bonheur. « Quand je suis entrée dans le château, j’ai eu l’impression d’être Alice au Pays des Merveilles », dit-elle. Nait alors une passion pour cette artiste tombée dans l’oubli et qui va porter Katherine dans son nouveau projet de vie. Cette histoire est celle de 2 femmes poussées par la même passion : la place des femmes dans le milieu de l’art. Rencontre.

Comment s’est déroulée votre première visite du château ?

Je suis arrivée dans un lieu où rien n’avait bougé depuis le décès de l’artiste (près de 120 ans). J’ai trouvé ça extrêmement émouvant. J’ai alors commencé à m’intéresser à sa vie, son histoire, ses peintures. Et j’ai découvert que Rosa Bonheur était bien plus qu’une simple peintre animalière. C’était une très grande artiste, une femme libre qui vivait de son art et qui défendait la place des femmes dans un milieu essentiellement masculin. 

Justement, parlez-nous un peu d’elle. Qui était-elle ?

Il faut savoir que c’était l’artiste la plus vendue dans le monde au 19e siècle. Elle peignait les animaux comme personne, dans une allure vive, authentique … « comme un homme » disait-on à l‘époque. Ses tableaux se vendaient à prix d’or. Sa renommée était telle que toute sa production était vendue d’avance. Son indépendance et sa force de caractère lui ont permis de côtoyer les plus grands : l’impératrice Eugénie, Napoléon III, Buffalo Bill. 

En 1865, elle est la première artiste et la neuvième femme à recevoir l’ordre de la Légion d’honneur. C’était une femme extraordinaire qui est restée indépendante toute sa vie, préférant ne pas se marier pour n’être vouée qu’à sa passion. C’était une vestale de l’art !

« La mission de la femme est de relever le genre humain. Elle est le Messie des siècles futurs »

Rosa Bonheur

Apprendre cela a dû vous conforter dans votre projet. Avez-vous su rapidement ce que vous souhaiteriez faire de cet endroit ?

Immédiatement, j’ai su que je voulais faire revivre ce lieu dans le respect de ce qu’il représentait pour Rosa Bonheur. Je voulais ouvrir au public son domaine afin que les gens la découvrent. J’ai monté mon projet et je suis allée démarcher les banques. Je me suis battue pendant 3 ans pour le faire accepter. A force d’acharnement, j’ai réussi à obtenir un petit prêt, puis un autre, puis une subvention de la région. Et après un an de travaux pour tout remettre aux normes, j’ai pu enfin ouvrir le musée Rosa Bonheur et une chambre d’hôte. Tout de suite, il y a eu un grand intérêt de la part du public non seulement français mais aussi international.

J’ai lu que vous aviez aussi fait partie des projets financés par le Loto du Patrimoine

Exactement. J’ai candidaté pour la Fondation du Patrimoine, mission Stéphane Bern. J’ai eu la chance d’être sélectionnée et de recevoir une dotation qui a permis notamment de refaire les toitures. Le personnage de Rosa Bonheur a sans nul doute pesé dans la balance. C’était une héroïne des temps modernes. Elle avait une passion pour la nature et les animaux, et elle menait un combat pour prouver que les femmes ont les mêmes capacités que les hommes. 

Puisque rien n’avait bougé depuis son décès, j’imagine que vous avez découvert des trésors en emménageant dans cet endroit ?

Nous en découvrons tous les jours. Pendant le confinement, mes enfants et moi sommes allés fouiller le grenier. Personne n’y était allé depuis le décès de Rosa. Une vraie mine d’or. Nous avons retrouvé tout un tas d’objets rangés dans des boites : ses souliers en satin, des aquarelles, des dentelles. Nous avons même retrouvé des tableaux. Tout cela nous confère une grande responsabilité, celle de transmettre son histoire aux générations futures.

2022 sera une année importante pour vous car ce sera le bicentenaire de la naissance de Rosa Bonheur. Comment comptez-vous marquer le coup ?

J’ai un projet un peu fou qui consiste à faire de 2022 l’année de Rosa Bonheur partout dans le monde. 
En premier lieu, j’aimerais que soit organisée une exposition Rosa Bonheur dans un des plus grands musées parisiens. Ensuite, j’aimerais proposer une exposition virtuelle internationale. L’idée serait que tous les musées qui possèdent des œuvres de Rosa Bonheur puissent les exposer en même temps et soient connectés via des webcams. Cela permettrait aux visiteurs de découvrir les œuvres de Rosa Bonheur exposées dans les autres musées. 

Et si c’était à refaire ?

La vie m’avait déjà fait connaitre le château de Rosa Bonheur lorsque j’étais enfant. C’était certainement écrit que je devais y revenir un jour …

Merci Katherine de nous avoir partagé votre passionnante aventure.


Voici quelques liens si vous souhaitez découvrir la vie de Rosa Bonheur:

  • Visiter le musée. Il faut réserver à l’avance et choisir parmi les créneaux proposés : 10h – 12h – 14h -16h. 
    Vous découvrirez la vie de Rosa Bonheur au travers d’anecdotes passionnantes. 
  • Séjourner dans la Chambre d’hôte Rosa Bonheur . Vous aurez la chance de dormir dans la vraie chambre qu’occupait Rosa à l’époque.
  • Organiser un séminaire ou un mariage.
  • Le Château de By propose également un salon de thé pour une pause gourmande.

Un peu d’histoire …

Le Château de By est un ancien domaine seigneurial du 15e siècle, situé dans le hameau de By-Thomery en Seine-et-Marne.  Il a été acquis par la célèbre artiste peintre Rosa Bonheur en 1859 à la suite de la vente de son tableau « Le Marché aux chevaux ».
Rosa Bonheur est alors la première femme à acheter, à son nom, un bien immobilier grâce au seul fruit de son travail. Aussitôt, l’artiste charge l’architecte Jules Saulnier de lui construire son atelier avec pour seuls mots d’ordre « vaste et lumineux ». Elle s’y installe un an après et y passera les quarante dernières années de sa vie.
Après son décès, la propriété revient à sa « fille d’adoption » Anna Klumpke, artiste peintre, qui préservera le domaine avec une immense dévotion, ouvrant l’atelier de Rosa au public afin de faire vivre la mémoire de l’illustre peintre.
La propriété est finalement rachetée par Katherine Brault en septembre 2017. Le château de Rosa Bonheur est labellisé “Maisons des illustres”.

Je veux bien y aller … mais c’est où ?

Château de Rosa Bonheur
12 rue Rosa Bonheur
77810 Thomery
France
+33 (9) 87 12 35 04
www.chateau-rosa-bonheur.fr

Les photos de cet article ont été fournies par Katherine Brault


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